

Coralie Thanouvong
Happy Laos | Tavers
Née dans un camp de réfugiés en Thaïlande alors que sa mère fuyait la guerre au Laos, Coralie ne garde en mémoire que les plats préparés en famille, synonymes de partages et de liens. Des souvenirs qu'elle continue de faire vivre à travers son restaurant Happy Laos.
Naître et grandir sans un "chez soi"
Ce que j’aime dans ces rencontres, dans ces confidences que mes invitées partagent si généreusement, c’est l’alternance entre les rires qui résonnent et les larmes qui surgissent. L’histoire de Coralie est à la fois exceptionnelle et tristement commune.
Exceptionnelle, parce qu’elle est née dans un camp de réfugiés, alors que ses parents et son oncle tentaient d’échapper à la guerre civile et à la montée du communisme au Laos.
Tristement commune, parce que des milliers de Laotiens ont emprunté le même chemin, parce que d’autres populations continuent de franchir les frontières en espérant construire une vie loin de la guerre.
Ce n’est pas dans un restaurant que je pénètre mais dans un rêve devenu réalité.
Un rêve qu’elle a touché du bout des doigts, puis qu’elle a mis en sommeil pendant dix ans avant que celui-ci ne devienne plus urgent.
L’histoire de Coralie commence avant sa naissance lorsqu’une nuit, ses parents et son oncle décident de quitter le Laos. Beaucoup de membres de leur famille sont dans la politique et l’un deux, qui occupe alors un poste important au sein du gouvernement laotien, est emprisonné à la frontière du Vietnam.
Tous les trois traversent le Mékong pour arriver dans un camp de réfugiés en Thaïlande, où Coralie naîtra quelques mois plus tard.
“ En principe, on reste dans les camps de réfugiés quelques mois, voire un an. Nous sommes partis au bout de cinq ans. ”
Une période où son père attend en vain un avion pour rejoindre le Canada ou les États-Unis afin de rejoindre ses sœurs. Finalement, la famille s’envole en direction de la France.
“ Je tombais souvent malade et on ne mangeait pas à notre faim car l’armée thaïlandaise prenait la moitié de ce qu’il y avait dans les camions de l’ONU. Malgré le couvre-feu, mon père et mon oncle s’échappaient la nuit pour aller pêcher. ”
Après avoir vécu en foyer entre Créteil, Limoges et Poitiers, ses parents, en quête d’indépendance, s’installent à Gien où son père a une opportunité professionnelle. De ses cinq premières années, Coralie ne garde aucun souvenir.
Elle se souvient en revanche d’une enfance où le sentiment de solitude prédomine.
“ Je découvrais un environnement où les visages comme les miens étaient rares. ”
Coralie apprend tout aussi vite, moins pour nourrir sa curiosité que pour aider ses parents qui ne parlent pas français.
Cuisiner pour se souvenir et se réunir
Malgré le déracinement, la perte de repères et l’urgence à assimiler une nouvelle culture, la mère de Coralie veille à ce que sa famille ne manque de rien à table.
“Je ne viens pas d’une famille aisée. Que ce soit pour les anniversaires ou Noël, on n’avait pas beaucoup de cadeaux mais on avait toujours de quoi manger car maman a toujours privilégié les bons plats. ”
Petit à petit, ses parents tissent des liens, rencontrent des personnes qui deviendront leurs amis et que Coralie appellera tout naturellement ses oncles et tantes.
“J’ai toujours baigné dans cet environnement de partage et de cuisine. Lorsque j’ai commencé à travailler sur les marchés, j’ai retrouvé tout ce que ma maman faisait auprès de ses amis. ”
Alors qu’elle travaille à temps plein en entreprise, Coralie, également devenue jeune maman, consacre tout son temps libre à sa passion, en partageant ses plats sur le marché ou auprès d’entreprises qui font appel à elle en tant que traiteur privé.
Coralie tient ce rythme effréné pendant deux ans, avant de mettre sa passion entre parenthèses.
Une parenthèse qui durera dix ans, avant qu'elle ne visite son futur local et récupère les clés de son restaurant en janvier 2025.
Dans la cuisine, Coralie s’applique à transmettre les recettes de sa maman qu’elle a soigneusement observée cuisiner durant des années.
“ J’essayais de prendre des notes mais le problème, c’est que ma mère ne mesure rien quand elle cuisine ! J’ai appris en la regardant puis en essayant de reproduire ses plats. ”
Si Coralie a perdu en confort financier, la fierté qu’elle tire de son projet est inestimable et lui rappelle chaque jour qu’elle a bien fait de s’écouter et de prendre le risque, elle qui se croit peureuse.
À travers » Happy Laos « , Coralie partage le seul héritage que sa mère a pu lui transmettre d’un pays qu’elle n’a connu qu’à travers la cuisine et les souvenirs qui se racontent autour des marmites qui bouillonnent, quand le cerveau, trop occupé à commander les mains qui épluchent ou coupent, se fait happer par la réminiscence.
Un héritage qui a le goût du partage, des plats simples mais raffinés que l’on prépare dans les cuisines familiales asiatiques.
Informations Pratiques
5/7 rue du Clos de Bordeaux, 45190 Tavers
Précommande toute la semaine, par téléphone ou SMS : 06 67 44 64 95



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