

Marion Romain
Casa 1.0.3 & Chop'Chope Triporteur | Beaugency
Entrepreneure à la tête de deux entreprises, maman sola d’une petite fille de 4 ans, aidante de ses deux parents : le quotidien de Marion est aussi rempli qu’elle est pleine de vie et de lumière.
Grandir dans une famille d'entrepreneurs
De son enfance, Marion me partage les voyages aux quatre coins du monde, les visites des châteaux de la Loire lors de week-ends prolongés, mais aussi l’absence de son père, tout dévoué à son entreprise, aux discussions de travail qui s’immiscent dans chaque interstice de la vie familiale, des réunions auxquelles elle assiste.
Et puis, il y a la solitude. Plongée très tôt dans un monde d’adultes où le travail est synonyme d’aboutissement, Marion fantasme sur les grandes familles, les cousinades, les engueulades entre frères et sœurs, elle qui est fille unique. C’est un peu après son premier anniversaire que Marion quitte le Salvador pour rejoindre ses parents.
“ Très tôt, ma mère m’a expliqué qu’elle m’avait attendu dans son cœur aussi longtemps que l’on puisse attendre un enfant dans son ventre. Comme elle a balayé la question, ça a toujours été un non-sujet pour moi. Jusqu’à l’arrivée de ma fille du moins. ”
La couleur de peau, l’âge de ses parents (40 et 50 ans lorsqu’elle entre en école primaire) suscitent des interrogations qu’elle et sa mère désamorcent très vite.
Malgré ses nombreux voyages, dont en Amérique latine, Marion ressent quelque chose de particulier en posant le pied au Salvador. Durant quelques semaines, elle découvre et évolue dans un monde qu’elle ne connaît pas mais qui lui est déjà si familier, elle se fond dans une foule où enfin, elle voit des gens qui lui ressemblent.
“ Là-bas, j’étais dans mon élément. J’ai vu des femmes qui avaient des formes et qui les assumaient, qui étaient sexy et hyper bien dans leurs baskets ! Pourquoi est-ce que je devrais me flageller en permanence à cause de mon physique ? ”
Créer un métier à son image grâce à l'entrepreneuriat
Jusqu’à ses 30 ans, Marion mène la vie qu’elle a toujours souhaitée, en opposition au schéma familial. Elle suit alors son plan initial, qui était la stabilité et la sécurité avec un CDI et fait sa place dans la communication.
“ Je n’ai jamais voulu être mère et si je le devenais, ce serait par l’adoption. Je rejetais presque l’idée de porter un enfant. ”
De sa vie d’avant, Marion me confie sa propension à tester ses limites, voire à les repousser. Toujours un peu plus loin. Jusqu’au jour où son corps cède, littéralement.
“ Ma fille est arrivée au moment où mon corps était le moins disposé à l’accueillir. J’ai eu peur et finalement, je me suis dit que c’était maintenant. Elle m’a donné la force de m’accrocher. Pour cette vie qui grandissait, je devais guérir. ”
Plâtrée avec un corps occupé à fabriquer une nouvelle petite personne, Marion passe sa grossesse et ses premiers mois de maman au lit, immobilisée.
L’année qui suit son accident, Marion annonce à ses parents son souhait de quitter la région parisienne.
“ Comme mes parents sont papa et maman poules, ils m’ont dit : si tu t’en vas, on quitte tout et on vient avec toi. ”
Tous les trois se mettent en quête d’une maison qu’ils pourront habiter et transformer en partie en maison d’hôtes.
Leur choix se porte rapidement sur la région Centre, pour la richesse des châteaux qui représentent une attractivité à l’année, pour les souvenirs d’enfance, pour la proximité avec la région parisienne en cas de souci de santé.
Casa 1.0.3, comme les 103 châteaux qui bordent la Loire, voit le jour.
“ J’avais envie de pratiquer les langues, j’aime être au contact des gens et rendre service. Finalement, les chambres d’hôtes sont un puzzle de ce que j’aime. ”
En parallèle, Marion attend la livraison de son triporteur vintage jaune. Un concept initialement pensé pour deux, avec son mari derrière le triporteur rouge destiné aux pizzas, et elle derrière le triporteur jaune, futur Chop’ Chope, pour faire des boissons.
Plus elle consolide son projet professionnel, plus les liens de son couple se délitent et les choix se construisent en opposition. Pour elle, pour sa fille, pour ce besoin vital de renouveau, Marion choisit la séparation.
Malgré la saisonnalité de ses activités professionnelles, la gestion d’une très grande maison, une petite fille et des parents vieillissants dont il faut s’occuper, Marion se sent épanouie.
“ Ma mère et moi sommes fusionnelles : elle vit et respire pour moi. C’est exactement pareil pour ma fille. ”
Comment concilier vie d'entrepeneur et quotidien d'aidant ?
Une vie entièrement tournée vers sa famille : sa fille et ses parents avec qui elle partage le même toit. Des parents qui vieillissent et qui acceptent plus ou moins bien que les rôles s’inversent.
“ Je n’ai pas mesuré l’ampleur de la tâche quand on est aidant. De la charge que ça représente. Et puis c’est dur de voir ses parents diminués, de les voir disparaître des humains qu’ils étaient derrière la vieillesse. Je n’étais pas préparée. ”
Si sa mère commence à accepter son aide, c’est tout autre pour son père, dont elle identifie la source du problème en riant.
“ C’est générationnel. C’est un homme et accepter de se mettre en position de faiblesse face à son enfant, qui est une femme, c’est compliqué. ”
Un nuage passe. Lourd, chargé, qui assombrit son visage et son regard.
“ On ne prépare pas assez les gens à voir vieillir ses proches. On ne se pose pas assez de questions sur les papiers, la succession, des choses auxquelles on n’a pas envie de penser mais ça serait bien qu’on en parle maintenant, avant de se retrouver devant le fait accompli. ”
À chaque fois que Marion termine une réponse, elle me regarde, le sourire en coin, l’appréhension dans le regard, ce quelque chose d’enfantin qui dit : est-ce que j’ai bien répondu ? Est-ce que je suis validée ?
Chérissez chaque fêlure, chaque cicatrice car elles vous rendent un peu plus lumineux et solide.
Informations Pratiques
Chop'Chope Triporteur
Drink Truck | Cocktails, bières artisanales & Softs
Privatisation sur demande | Loiret
07 66 65 80 53
Casa 1.0.3
Maison d'hôtes | Espace de coworking
07 66 65 80 53



Votre histoire mérite d'être racontée
Vous avez l'expérience et le savoir-faire mais vous manquez de mots pour les partager à leur juste valeur ?